Pépé je t'accorde une petite place ici mais une si grande dans mon coeur. Tout le monde n'a pas besoin de savoir ce que je ressens. Simplement, tu as vécu 84 ans, pleinement, tu as résisté à tellement de choses.. Tu es passé par la guerre, le cancer, tu as guéri. Guéri de tes blessures physiques... Pas toujours de tes blessures mentales. Tu es tombé bien malade il y a quelques années mais je me souviens encore de celui que tu as été avant. Toute cette Douceur, ce calme, cette compréhension et cette gentillesse que tu avais.
E je me souviens aussi de toutes ces fois ou Mary, Lucy, Aurore, Lorène et moi t'avons embêté étant petites à nous cacher à la cave, à t'appeller et faire comme si l'on était pas là, à te faire tourner en bourrique dans la maison.. On s'amusait et tu ne nous en a jamais voulu d'être des enfants tout simplement.
Tu regardais toujours par la fenêtre et tu râlais quand j'arrachais des pommes à ton arbre préféré, ou quand je mettais ta petite cabane de jardin sans dessus dessous. De petites choses qui ne sont rien mais qui représentent une grande partie de mon enfance heureuse. Regarder la télé ( ton fameux questions pour un champion que tu ne ratais jamais!) Bêcher le jardin avec toi ou s'asseoir sur la balancelle en chantant. Tu étais le seul à comprendre combien j'aimais ça , chanter, tout le temps et tu disais à mémé " Laisse les donc tranquilles ces gosses " quand on faisait les idiotes. Parce que ce " Madeleine " ça vient de toi, parce qu'elle s'est si bien occupée de toi...
Je chanterai pour toi, je te l'ai promis. Les dernières années tu étais toujours dans ton fauteuil, le même, vert et usé et tu restais là à contempler le jardin. Tu ne marchais plus comme avant , avec ta canne, tu ne te promenais plus, tu n'y arrivais plus. Tu avais ce petit regard gris, voilé qui disait " Je suis autre part, je suis déjà ailleurs". A quoi pensais-tu ? à la guerre? à tes frères et soeurs? Tu disais toujours que tu les voyais. Qu'ils étaient là, à côté de toi, tu parlais d'eux au présent. De tous ceux qui étaient partis et que tu aimais. De tous ceux qui avaient existés et contribués à rendre ta vie plus belle.
Je ne crois pas que tu "perdais la boule " comme disaient les autres. Peut-être même les voyais-tu réellement. 84 ans de souvenirs étaient enfouis dans ta mémoire, on ne peut pas t'en vouloir d'avoir voulu les faires revivre quelques instants. Malgré ta maladie tu restais souriant, étonnamment joyeux, tu vivais dans tes souvenirs je crois. Tu n'es plus là, tu es définitivement parti. J'éspère que tu as retrouvé ceux que tu cherchais, que tu voyais si souvent et qui devenaient confus dans ton esprit.
Je t'aime pépé et, tu sais, mourir doit être une sacrément belle aventure.
Photo de Noël 2006.